Une étude confirme que le risque de maladie du cœur est plus élevé chez les personnes vivant avec la schizophrénie qu’au sein
de la population générale
« Il faut un meilleur contrôle continu du sang et de meilleurs soins primaires »
Le 30 septembre – TORONTO – Une étude publiée aujourd’hui confirme qu’il faut intégrer les soins psychiatriques aux services de santé primaires pour
les personnes aux prises avec un trouble mental grave en Ontario. « Il faut que les fournisseurs qui prennent soin de ces
personnes comblent cette lacune », déclare l’auteur principal de l’étude, le Dr Russell Callaghan, du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) à Toronto.
L’étude du Dr Callaghan démontre que le risque de coronaropathie est beaucoup plus élevé chez les personnes qui prennent certains médicaments
pour traiter la schizophrénie ou un trouble bipolaire qu’au sein de la population générale.
Les médecins et les patients savent depuis longtemps que certains médicaments prescrits couramment, appelés antipsychotiques
atypiques, peuvent causer l’obésité, des troubles métaboliques et le diabète, mais cette étude est l’une des premières à quantifier
le risque accru de coronaropathie chez les patients, de dire le Dr Callaghan. De meilleurs soins primaires sont essentiels pour prévenir et traiter les troubles de santé complexes en cause,
ajoute-t-il.
Traiter la personne dans son ensemble
« Il ne faut pas oublier que ces médicaments sauvent des vies. Ils font partie d’un traitement standard qui est efficace pour
les personnes qui courent le risque de se suicider ou qui sont exposées à d’autres causes de décès attribuables à une maladie
mentale grave », met en garde le Dr Callaghan.
Selon le Dr Tony Cohn, psychiatre en chef à la Clinique de la santé mentale et du métabolisme à CAMH : « Cette étude démontre l’importance
de s’occuper à la fois de la santé physique et de la santé mentale des patients aux prises avec une maladie mentale grave.
On devrait leur faire passer des examens régulièrement afin de déterminer s’ils souffrent de diabète ou d’hypertension et
si leur taux de cholestérol est élevé. C’est pour cette raison que les fournisseurs de services de santé primaires devraient
collaborer étroitement avec les intervenants du système de santé mentale ».
Chez la plupart des patients, d’autres causes de décès (comme le suicide) peuvent être plus probables que les maladies du
cœur. Toutefois, il est crucial de déterminer le risque de maladie cardiovasculaire, estime le Dr Callaghan. Les taux plus élevés d’obésité et les facteurs de risque pour les maladies du cœur peuvent empêcher les patients
de prendre leurs médicaments comme il le faudrait. « C’est une des raisons pour lesquelles les lignes directrices et les politiques
des gouvernements fédéral et provinciaux en matière de médication et de soins cliniques précisent qu’il faut traiter la personne
dans son ensemble », ajoute-t-il.
Comparaison des taux de réadmission à l’hôpital
Dans son étude, le Dr Callaghan a comparé les taux d’admission à l’hôpital ou au service des urgences à la suite d’un diagnostic de schizophrénie
à des taux d’admission semblables à la suite d’un diagnostic d’appendicite. Il s’est servi de ces chiffres comme base de référence
et les a comparés aux taux de réadmission en raison d’un trouble cardiovasculaire grave comme une crise cardiaque et l’hypertension au cours d’une période de quatre
ans suivant l’admission initiale à l’hôpital ou au service des urgences.
Il a constaté que les Ontariens qui prennent des antipsychotiques atypiques, qui font partie d’une thérapie standard, étaient
environ 40 pour 100 plus susceptibles d’être réadmis à l’hôpital en raison d’un trouble cardiovasculaire grave comparativement
aux personnes ayant une appendicite. Cette constatation est valide même quand on tient compte de l’usage du tabac et d’autres
facteurs connus qui accroissent le risque de maladie du cœur, précise le Dr Callaghan.
Lors de l’étude, on a analysé 20 000 admissions à l’hôpital ou au service des urgences en Ontario de 2002 à 2006 à la suite
d’un diagnostic de schizophrénie ou d’appendicite. Les statistiques sur les admissions ont été compilées par l’Institut canadien
d’information sur la santé.
L’étude, intitulée « Schizophrenia and the incidence of cardiovascular morbidity: A population-based longitudinal study in
Ontario, Canada », a été publiée aujourd’hui dans Schizophrenia Research.
Résultats semblables pour le trouble bipolaire
Lors d’une autre phase de l’étude, on a analysé des données d’hôpitaux et relevé des tendances semblables en matière de risque
pour les personnes ayant un trouble bipolaire. Ce rapport de recherche a été publié ce mois-ci dans le Journal of Affective Disorders.
« Nous en sommes arrivés à la même conclusion. Nous devons combiner les soins primaires et les soins psychiatriques afin de
combler cette lacune, de traiter la personne dans son ensemble et de prévenir à la fois les facteurs de risque pour les troubles psychiatriques et ceux des maladies cardiovasculaires », de dire le Dr Callaghan.
Les rapports de recherche ont bénéficié d’une subvention accordée au Centre de toxicomanie et de santé mentale par le ministère
de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario.